Sport manager sportif professional with more than 10 years experience, we manage the national teqball federation of Senegal after being director of Guédiawaye FC during more than 4 years.
Modou Gueye Seck, Directeur Associé GISS (Global Infrastructures & Solutions Sportives)
Abstract
ÉLITISME CONTRE LE DÉVELOPPEMENT
L’économie du sport reprĂ©sente 5% du PIB mondial avec un taux de croissance annuel de 4%. L’Afrique, malgrĂ© une population majoritairement jeune et passionnĂ©e ne capte que 0,5% de ce PIB mondial. Et quand en plus, ces 0,5% sont entre les mains d’une infime minoritĂ© qui les accapare depuis des dĂ©cennies, cela donne un Ă©litisme mal sain qui ne milite pas en faveur d’un dĂ©veloppement durable, endogène et inclusif. Au SÉNÉGAL, avec près de 10.000 organisations sportives rĂ©parties entre ASC (Associations Sportives et Culturelles), clubs affiliĂ©s aux diffĂ©rentes fĂ©dĂ©rations sportives et autres structures sportives privĂ©es non affiliĂ©es, le sport aurait pu ĂŞtre l’un des secteurs les plus pourvoyeurs d’emplois stables s’il Ă©tait gĂ©rĂ© avec plus de transparence, d’inclusion et d’équitĂ©. En effet, si le championnat populaire de football communĂ©ment appelĂ© « navetanes » draine plus de monde que celui professionnel, c’est parce qu’il est plus inclusif dans son organisation et plus participatif dans sa dĂ©marche, malgrĂ© son lot de violences et de manque de transparence dans la gestion centrale. La gestion du sport justement est accaparĂ©e par une certaine Ă©lite dont les membres se protègent (quand les textes sont notamment bafouĂ©s) et se partagent primes et prĂ©bendes tout en se relayant Ă la tĂŞte des instances. Cet Ă©litisme est le mĂŞme dans quasiment toutes les instances sportives oĂą vous avez très souvent les mĂŞmes tĂŞtes aux mĂŞmes postes depuis des dĂ©cennies et qui prennent Ă la limite en otage le dĂ©veloppement du sport Ă la base : les clubs affiliĂ©s manquent gĂ©nĂ©ralement de tout et dĂ©pendent très souvent de la poche d’un mĂ©cène et/ou des desiderata d’un prĂ©sident de ligue (ou autre instance locale) qui « parraine » toutes les activitĂ©s et trĂ´ne sur l’instance locale comme un roi. Rien qui concourt Ă rendre autonome les clubs et ASC Ă travers des projets structurants ne peut prospĂ©rer dans ce système Ă©litiste oĂą il faut constamment maintenir la masse dans la dĂ©pendance pour pouvoir continuer Ă garder les privilèges au sommet et rester maĂ®tres du jeu. Un exemple qui symbolise cet Ă©litisme est que le chauffeur d’un prĂ©sident de fĂ©dĂ©ration peut toucher une prime de 50.000.000 (cinquante millions CFA) en tant que simple membre de la dĂ©lĂ©gation Ă une CAN alors que le club vainqueur du championnat fĂ©minin touche 2,5 millions de primes. Oui, vous avez bien lu 2,5 millions pour le club champion de ligue 1 fĂ©minine au terme d’une longue saison oĂą un seul dĂ©placement au sud du SÉNÉGAL peut vous coĂ»ter 2 millions de francs. Dans un tel système verrouillĂ© par des modes d’élection qui ne favorisent pas la dĂ©mocratie interne, toute vellĂ©itĂ© de contestation est brimĂ©e et son auteur mis « hors d’état de nuire ». Vous ne verrez jamais, sinon très rarement, des jeunes dans les comitĂ©s exĂ©cutifs de ces instances oĂą les cooptations se font sur des bases autres que la promotion de la compĂ©tence, surtout jeune, ou de l’inclusion. Les intĂ©rĂŞts sont ailleurs. Sauf si les organisations internationales changent d’approche en touchant directement les cibles en mettant notamment en place des synergies autour de projets d’autonomisation des organisations sportives de base, le sport africain continuera de servir une infime minoritĂ© et le dĂ©veloppement rendra. Ă€ notre sens, pour favoriser une meilleure implication des minoritĂ©s, femmes et jeunes dans ces instances, il faut commencer par agir directement Ă trois (03) niveaux: – DĂ©mocratiser l’offre d’infrastructures sportives en accompagnant les collectivitĂ©s locales avec notamment des partenariats public-privĂ© (PPP) : sans infrastructures sportives de proximitĂ© il n’y a pas de pratique dĂ©mocratisĂ©e, et sans pratique il sera impossible de favoriser une performance durable – Autonomiser les organisations sportives de base Ă travers de micro projets adaptĂ©s Ă leurs rĂ©alitĂ©s locales : la passion du sport doit ĂŞtre utilisĂ©e pour mobiliser les Ă©nergies locales autour d’initiatives porteuses de progrès endogène – Former les jeunes, femmes et acteurs sportifs aux mĂ©tiers du sport pour favoriser le dĂ©veloppement d’une Ă©conomie sportive locale et une meilleure gestion de leurs organisations : sans ressources humaines de qualitĂ©, pas de projets de dĂ©veloppement durables